Adolescents immatures et turbulents, mais pourquoi ?

requin et ado

Le comportement  des adolescents immatures est une énigme, et pas seulement pour leurs parents !

Lorsque l’on passe de l’enfance à l’adolescence le taux de mortalité s’accroît subitement, en dépit du fait que les adolescents sont plus forts et plus résistants aux maladies. Il est facile d’expliquer qu’ils n’ont pas encore la capacité de faire des choix, qu’ils sont « bêtes » ou, comme proposait Aristote : « La nature rend les jeunes comme des hommes ivres ». (voir aussi Jeunesse pourrie et malfaisante, plus aucun espoir pour l’avenir.)

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C’est tout simplement faux, les psychologues ont constaté que les adolescents sont à peu près aussi aptes que les adultes à reconnaître les risques des comportements dangereux. Il faut donc chercher ailleurs.

Les travaux scientifiques récents nous proposent une explication assez limpide:

La maturation du cerveau des adolescents n’est pas encore terminée. Le cortex préfrontal (contrôle exécutif central) n’est pas aussi « fini » que le système limbique, le « cerveau émotionnel ». D’où la difficulté des adolescents à inhiber (fonction préfrontale) des pensées des actes impulsifs.

Essayons de comprendre plus précisément de quoi il s’agit

Adolescence : un cerveau en pleine réorganisation

Notre cerveau subit une réorganisation massive entre 12 et 25 ans. Il ne se développe plus trop en taille, il a déjà atteint 90 pour cent de sa taille maximale vers six ans.Cerveau d'adolescent
Par contre pendant l’adolescence, le cerveau subit d’importants travaux de réorganisation, qui ressemble à une mise à niveau du réseau et du câblage.Dans les trois premières années de la vie, les enfants développent des connexions sans fin dans leurs circuits cérébraux. Puis, au début de l’adolescence, le cerveau commence à jeter un grand nombre de ces connexions.

Breatiz Luna, une spécialiste du développement cognitif, compare ce phénomène à un artiste qui commençant avec un bloc de granit enlève tout de suite tous les morceaux inutiles à sa sculpture. De même, un cerveau adolescent « élague » les neurones et les synapses excédentaires. Les scientifiques nomment ce processus l’élagage synaptique

Prise de décision : des circuits de neurones en concurrence

Nos cerveaux ont des réseaux de neurones qui évaluent les inconvénients et les avantages pour chacune de nos actions potentielles. Ensemble, ces réseaux calculent la valeur des choses et jusqu’à où nous sommes prêts à aller pour les obtenir.

Ces jugements s’effectuent en quelques centièmes de seconde, loin de notre conscience.

Au sein de notre circuit de la récompense, nous avons deux systèmes distincts, l’un, pour le calcul de la valeur des récompenses situé au plus profond de notre tête et un autre charger d’évaluer les risques liés à nos actions. Et ils ne fonctionnent pas toujours très bien ensemble.

Résister à la tentation de la récompense immédiate.

Le professeur B.J Casey de l’institut Sackler à Ney York a étudié ces systèmes au travers d’expériences dans lesquelles elle proposait à des bénévoles des jeux tout en les observant avec un scanner IRMf. L’équipe a proposé à 62 joueurs âgés de 6 à 29 ans, une série de visages soit souriants soit calmes.

sourire

Sourire

Dans certaines séries d’essais, on demandait aux personnes d’appuyer sur un bouton lorsqu’elles voyaient un visage souriant, alors que dans d’autres séries, elles devaient au contraire se retenir de le faire et au contraire signaler l’apparition d’un visage calme. Sachant qu’un visage souriant provoque de façon inconsciente une simulation positive dans le cerveau, on demandait donc aux personnes de la seconde série de contrôler leur impulsion première.

L’étude des résultats a fait apparaître que les adolescents plus que les autres appuyaient sur le bouton quand il ne fallait pas.

striatum

Striatum

Le scanner a révélé les différents comportements. Chez les ados, la vue d’un visage souriant déclenchait une réponse importante du  striatum ventral, un groupe de neurones enfouis au fond de notre cerveau, parfois nommé le centre de la motivation. Cette région est très sensible à la dopamine, qui produit un sentiment d’anticipation et aide le cerveau à se concentrer sur un but à atteindre.

Cortex Prefrontal

Cortex Prefrontal

Un autre réseau de notre cerveau situé sous notre front est responsable de l’évaluation des impulsions contradictoires. Ce réseau de contrôle cognitif nous permet de retenir une action qui pourrait offrir une récompense à court terme si elle interfère avec un objectif à long terme. Ce réseau se développe très lentement au cours des 25 premières années de notre vie. En conséquence, il fonctionne mal dans l’enfance, un peu mieux chez les adolescents, et correctement chez les adultes.

Casey soupçonne que le problème avec les adolescents, c’est qu’ils subissent un « trou neurologique ». L’explosion des hormones à la puberté permet de piloter le réseau du système de récompense vers sa maturité, mais ces hormones ne font rien pour accélérer la maturation du réseau de contrôle cognitif.

Celui-ci mûrit lentement à travers l’enfance, l’adolescence et les débuts de l’âge adulte.

Les adolescents sont donc aux prises avec de fortes réactions à des récompenses sans beaucoup de réponses de compensation aux risques associés. On pourrait dire qu’il sont au volant d’une voiture équipée du moteur d’un Ferrari et des freins d’un twingo 😉

Les recettes de l’évolution obsolètes font face à nos progrès techniques

D’un point de vue évolutif, ces impulsions de casse-cou des adolescents peuvent être bénéfiques.

Quand un jeune mammifère devient sexuellement mature, il doit quitter ses parents et voler de ses propres ailes. Il doit apprendre à trouver sa nourriture et trouver sa place dans le monde des adultes. C’est aussi le moment de chercher des partenaires sexuels.

Le déséquilibre du système de récompense du cerveau des adolescents peut donc apparaître comme une aide utile pour affronter les risques liés a ces étapes ardues et ce nouveau mode de vie.

Le problème c’est que les dangers modernes comme les drogues, la vitesse sur la route… voitures rapides, ont augmenté les risques.

Chasseur cueillleur

Crédit : foodfitnessfriends.wordpress.com

L’évolution ne rattrape pas assez vite les changements de notre mode de vie !

Spécifiquement humain

Cette lente maturation du cerveau, qui dure au-delà de nos 20 ans, semble être spécifique à notre espèce. Elle peut être lourde de conséquences et l’on se demande pourquoi nous ne sommes pas « finis » plus tôt. À moins que si nous évoluons plus vite, nous finissions plus idiots !

 

Sources :

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